Que répondre à « l'islam est la religion de la paix, le christianisme de la guerre » ?

18/07/2026

Le slogan inverse — « l'islam est une religion de paix, le christianisme une religion de guerre » — circule dans certains milieux comme une évidence apaisante, souvent en réaction aux croisades ou aux guerres de religion européennes. Il appelle une réponse honnête, mais cette honnêteté ne consiste pas à renverser purement et simplement l'accusation. Les deux traditions ont des histoires complexes, faites à la fois de violences réelles et de refus de la violence, et les réduire à un seul mot — « paix » ou « guerre » — trahit l'une comme l'autre. Mieux vaut regarder ce que chaque tradition affirme réellement, et ce que l'histoire a fait de cet enseignement.

Ce que dit l'enseignement de Jésus

Un point mérite d'être affirmé avec clarté, car il est propre au christianisme et vérifiable dans les textes fondateurs : Jésus-Christ, dans les Évangiles, ne recourt jamais à la violence pour faire avancer son message, y compris au moment de sa propre arrestation, où il reprend Pierre qui a tiré l'épée. Il enseigne l'amour des ennemis, le pardon, la non-violence active. Aucun passage des Évangiles n'appelle à combattre au nom de la foi ou à convertir par la force. Le christianisme distingue par ailleurs nettement l'ordre spirituel de l'ordre politique — « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21) — ce qui a permis, avec le temps, de penser une séparation entre autorité religieuse et pouvoir temporel.

Cela n'efface pas l'histoire réelle du christianisme : les croisades, les guerres de religion, l'Inquisition, des conversions forcées en certaines périodes sont des faits historiques qu'on ne peut ni nier ni minimiser. L'Église elle-même, à plusieurs reprises, notamment lors du grand Jubilé de l'an 2000, a reconnu publiquement ces fautes comme des trahisons de l'Évangile plutôt que comme son accomplissement. C'est un point théologique important : ces violences contredisent l'enseignement du Christ, elles ne le mettent pas en pratique. La question à poser n'est donc pas « le christianisme a-t-il produit de la violence ? » — la réponse est oui, dans l'histoire des hommes qui s'en réclamaient — mais « cette violence est-elle fidèle à ce que Jésus a enseigné ? ». Sur ce point précis, la réponse chrétienne est non.

Ce que l'histoire et les textes de l'islam permettent réellement de dire

Sur l'islam, l'honnêteté demande davantage de nuance que ne le permet aucun des deux slogans. Le Coran contient à la fois des versets qui insistent sur la patience et la retenue, notamment dans la période mecquoise, et des versets, en particulier dans la sourate 9, qui appellent explicitement au combat contre certains adversaires dans un contexte de conflit précis. La question de savoir comment ces versets s'articulent entre eux — s'ils s'appliquent à des circonstances historiques limitées ou s'ils ont une portée intemporelle — fait débat depuis des siècles entre juristes et théologiens musulmans eux-mêmes, notamment autour de la doctrine de l'abrogation. Il serait donc aussi malhonnête d'affirmer que ces versets n'existent pas que de prétendre qu'ils épuisent à eux seuls la totalité de la tradition islamique.

L'expansion historique du monde islamique s'est faite, dans ses premiers siècles, largement par la conquête militaire — c'est un fait historique établi, que les historiens, musulmans compris, ne contestent pas. Mais cette expansion n'a pas systématiquement pris la forme d'une conversion forcée : le statut de dhimmi, appliqué aux juifs et aux chrétiens dans les terres conquises, organisait une coexistence sous condition d'un impôt spécifique (la jizya) et de restrictions, plutôt qu'une élimination pure et simple des autres croyances. Cette réalité historique, elle non plus, ne se laisse pas réduire à un seul mot : ni tolérance au sens moderne, ni persécution systématique.

Pourquoi les deux slogans induisent en erreur

Le slogan « l'islam est la religion de la paix » ignore les données textuelles et historiques qu'on vient de rappeler ; le slogan inverse — « le christianisme est la religion de la guerre » — ignore de son côté que l'enseignement du fondateur du christianisme exclut explicitement la violence, et que les violences commises en son nom ont toujours été, du point de vue chrétien lui-même, des trahisons plutôt que des applications de sa doctrine. Les deux formules confondent ce qu'un texte fondateur enseigne et ce que l'histoire humaine, avec ses compromissions, en a fait — ou, à l'inverse, elles prêtent à un texte fondateur une pureté que l'histoire dément.

Il n'est pas nécessaire, pour rendre compte de la spécificité chrétienne, de caricaturer l'islam ni les musulmans qui, très majoritairement, vivent leur foi de manière pacifique et n'ont aucune familiarité militante avec ces débats juridiques anciens. De même, reconnaître les zones sombres de l'histoire chrétienne ne revient pas à mettre en doute la non-violence de l'enseignement du Christ. Ce sont deux ordres de réalité — le texte fondateur d'un côté, l'usage qu'en ont fait les hommes de l'autre — qu'il faut sans cesse distinguer pour ne pas tomber dans la caricature, quel que soit le sens dans lequel elle s'exerce.

Face à cette objection, la réponse la plus solide n'est donc pas un slogan qui en remplace un autre, mais un effort de précision : distinguer ce qu'enseigne chaque texte fondateur, ce que l'histoire en a fait, et comment chaque tradition elle-même juge aujourd'hui ses propres épisodes de violence. C'est cette précision, plus que toute affirmation générale sur « la paix » ou « la guerre », qui permet une discussion sérieuse avec un interlocuteur musulman, sans mépris ni angélisme d'aucun côté.